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Pour une politique chrétienne de la mondialisation, par Alain Durand (hors série n°4, 2000)

Les chrétiens ont-ils une parole originale à dire sur la mondialisation ? La Bible peut-elle dire quelque chose sur une réalité qui lui est étrangère ? Questions passionnantes parce qu’elles sont un défi, une provocation lancée à notre foi et à la réflexion théologique. Il s’agit de savoir si la foi a en elle des ressources pour faire face à cette situation.

Pour aborder cette question, la méthode utilisée est la « méthode des corrélations » (Paul Tillich) qui consiste à mettre en regard l’une de l’autre la parole de Dieu et la situation actuelle.

Qu’est-ce que la mondialisation ?

  • Un processus d’universalisation des échanges entre biens, valeurs, personnes : une circulation universelle et un « devenir monde » ;

  • Le dépassement du local et la transgression des frontières ;
  • L’ouverture croissante à une dimension universelle ;
  • La constitution d’une certaine unité de l’humanité.

La parole de Dieu

  • L’histoire biblique est portée par un vaste mouvement fait d’une ouverture croissante à l’universel ;

  • D’une quête de l’unité de l’humanité : on part de l’élection d’un peuple pour aboutir à l’élection de l’humanité entière ;

  • L’annonce de l’Evangile aux païens, c’est la transgression de toutes les frontières ;

  • Cette unité et cette universalité s’opèrent autour d’un axe fondamental, celui d’un salut libérateur ; il s’agit d’une universalisation qui passe par l’abolition du rapport d’esclavage et d’une unité où les rapports de domination seront transformés au profit de rapports de fraternité.

Le récit de Babel (Gen 11, 1-9) nous montre un exemple à ne pas suivre : l’unité recherchée est fondée sur la puissance et la démesure qui engendre une situation de non-communication. Par contre, dans le récit de la Pentecôte, nous voyons à l’œuvre une unité qui repose sur l’Esprit de Dieu et qui engendre la communication. Les gens se parlent. On a quitté le champ de la puissance.

La mondialisation est un mouvement historique qui semble pouvoir entrer en cohérence avec ce que nous pouvons savoir du dessein de Dieu sur l’humanité, dans la mesure où elle dépasse et transgresse les barrières qui séparent et isolent les humains, et à condition qu’elle ne s’opère pas au profit de rapports de domination entre les peuples ou des catégories sociales à l’intérieur des peuples, mais qu’elle rende possible des rapports de justice et des rapports fraternels entre les humains.

La parole de Dieu peut nous aider à comprendre que la mondialisation est aujourd’hui pervertie par son mode de réalisation néo-libérale.

Comment passer d’une mondialisation néo-libérale qui s’opère au profit des rapports de domination, à une mondialisation solidaire rendant possibles des rapports de justice et des rapports fraternels entre les hommes ?

L’homme sujet responsable

Dans la Bible, l’Homme est reconnu de plus en plus fermement comme personne responsable de ses actes. Déjà au départ de l’Alliance, Dieu pose l’Homme comme sujet devant lui-même, non pas comme objet de miséricorde, mais comme sujet. L’Homme va être le partenaire de l’Alliance, pas seulement le bénéficiaire. C’est le temps de l’émergence de la personne. Par exemple, un pas important est franchi au moment de l’affirmation de la responsabilité individuelle dans la perspective de la rétribution : les dents des fils ne sont plus agacées par les raisins verts mangés par leurs parents.

Aujourd’hui, on qualifie souvent la modernité comme le temps de la naissance de l’individu – catégorie sociologique : naissance d’un sujet de plus en plus renvoyé à lui-même dans le cadre d’une société où les liens naturels, ou dits naturels, sont rompus. Le sujet n’est plus absorbé dans une communauté à la pensée de laquelle il se conforme, ce qui pouvait être le cas de la « personne » vivant au sein d’une communauté rurale traditionnelle.

Pour nous, vivre aujourd’hui le mouvement d’ouverture et d’échanges universel d’une manière qui puisse être cohérente avec notre foi, c’est conjuguer ce mouvement d’ouverture universelle avec celui de la constitution de sujets responsables de leur existence individuelle et sociale.

La constitution de l’Homme comme sujet est une perspective qui ne va pas de soi dans la cadre de la mondialisation néo-libérale.

Au plan économique, on constate des processus d’exclusion extrêmement importants et massifs. Il y a fort peu de partage des responsabilités au plan des décisions économiques. Au plan culturel, un certain aplatissement, par réduction au lus petit dénominateur, n’aide pas la constitution des personnes comme sujets responsables.

Priorité aux pauvres

C’est une donnée de base de l’histoire biblique. Elle commence avec la libération des esclaves, elle se poursuit par les prises de parti prophétiques contre l’oppression des pauvres, elle aboutit dans le Nouveau Testament à cette annonce que Jésus fait au début de son ministère : il est venu le temps où les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les prisonniers sont libérés, et l’Évangile est annoncé aux pauvres. On peut dire que le rapport entretenu avec les personnes pauvres, exclues ou en difficulté, devient le critère même du rapport que l’on a avec Dieu.

Face à cela, nous pouvons constater que nous sommes dans un monde où il y a de plus en plus de pauvres et de plus en plus d’inégalités. La mondialisation néo-libérale porte une lourde responsabilité dans cette situation. Elle est largement en contradiction avec une mondialisation qui se ferait au profit des pauvres.

Condamnation évangélique de la richesse

La mondialisation permet un accroissement de la production de richesses et un développement considérable de la circulation de ces richesses à travers le monde. Celles-ci s’accumulent à certains pôles, ce qui provoque une inégalité extrême au plan mondial.

La Bible condamne, de façon claire, en plusieurs circonstances, la richesse. Il ne s’agit pas d’abord de la richesse en tant que quantité de biens matériels, mais de la richesse en tant que rapport social : rapport de domination du riche sur le pauvre. La richesse est aussi dénoncée dans la mesure où elle absorbe le désir de l’homme (point de vue moral) et en tant qu’opposition proprement théologale à Dieu : c’est Dieu ou Mammon. Enfin, l’opulence du riche qui satisfait ses désirs de luxe, est considérée comme une insulte à l’égard de la misère du pauvre dont les besoins élémentaires ne sont pas satisfaits. Les besoins de base doivent être satisfaits pour tous avant toute chose.

Aujourd’hui :

  • la mondialisation s’opère en renforçant la domination des pays riches sur les pays pauvres et des puissances de la richesse sur les gens en situation de détresse ;

  • L’ordre des priorités à satisfaire est inversé ;

  • La production des richesses apparaît voir comme finalité la perpétuation du processus de production ;

  • Le processus économique, en extension permanente, devient tellement sa propre fin pour lui-même qu’il finit par réduire à son service le pouvoir politique. « De plus en plus, les gouvernements estiment que leur rôle n’est pas de réglementer les marchés, mais de faciliter leur inlassable expansion » (PNUD, Rapport 1997, p. 99) ;

  • Les rapports humains sont soumis aux lois de l’économie de marché.

Solidarité de Dieu avec les victimes

La mondialisation renvoie à une accumulation fabuleuse de puissance et de pouvoirs économiques concentrés entre les mains d’un petit nombre de décideurs échappant à tout contrôle démocratique. Une telle situation produit des victimes dont le signe le plus évident est celui de la pauvreté mondiale.

Dans l’Évangile, Dieu en Jésus s’est identifié aux victimes. La résurrection est celle d’un homme banni, expulsé. Les signes par lesquels il se fait reconnaître consistent à remettre les gens debout ou en situation meilleure (Luc 4, 26-21).

Aujourd’hui, quels sont les signes que l’Eglise pose dans son ensemble, qui peuvent signifier la proximité du Royaume de Dieu au milieu de ce monde ?

La finalité de l’existence

N’attendons pas que les choses aillent mieux pour faire place à l’ordre de la fin ou « l’ordre du visage » (Lévinas), c’est-à-dire l’ordre de la transcendance de l’humain : le visage d’autrui, la parole, l’échange, le don, le pardon, la créativité, la fête, toutes réalités qui ont leurs fins en elles-mêmes parce qu’elles sont de l’ordre du sens de l’existence. Notre tâche essentielle consiste à réintégrer dans la vie quotidienne toutes ces réalités qui sont de l’ordre de la fin, de la finalité de l’existence, alors même que nous sommes dans un système de production qui réabsorbe, réutilise sans cesse le temps et les énergies libérées par les progrès de la productivité. C’est tout le sens de la réduction du temps de travail.

L’altérité culturelle

La question de la culture et des valeurs est fondamentale au niveau de la mondialisation. Nous sommes dans un monde où l’on voit circuler mondialement un certain nombre d’objets. Des objets techniques comme l’automobile, que l’on trouve partout à l’identique, et des objets artisanaux, culturellement marqués dans leurs diversités, facilement accessibles partout dans des grandes surfaces ou des magasins spécialisés. Ils se trouvent là, sans racine, en état de flottaison : « objets culturels flottants » (Donzelot). Nous avons ainsi une banalisation de la diversité culturelle avec un nivellement par le bas.

D’un point de vue théologique, il est très grave de porter atteinte à l’altérité culturelle et à la diversité culturelle : on se met en situation difficile pour découvrir l’altérité de Dieu. Il y a toujours un lien radical entre la connaissance de l’homme et la connaissance de Dieu.

Inversement, dans la mesure où la mondialisation serait un processus qui faciliterait la rencontre d’autres personnes, d’autres cultures, elle pourrait enrichir ce substrat humain sur la base duquel se construit de façon non conceptuelle l’approche de Dieu.

Le dialogue interreligieux

La Parole de Dieu a suivi les chemins tracés par les pouvoirs politiques et économiques en place. La mondialisation ouvre l’espace à l’ensemble des courants religieux et la tendance actuelle est au brassage dans les diverses régions du globe :

  • Elle ouvre le champ du dialogue interreligieux : nous sommes des croyants parmi d’autres croyants : nous ne pouvons plus affirmer notre foi sans nous ouvrir aux autres champs religieux, sans recueillir ce qu’ils ont à nous apporter ;

  • Elle nous invite à une certaine mutation de notre foi qui cesse de se penser comme totalisant la vérité religieuse ;

  • C’est l’invitation à l’ouverture à l’altérité et, du même coup, à la transformation d’une Église autoritaire, dogmatique, maîtresse de vérité, en une Église de dialogue, accueillante qui découvre qu’elle a des choses à recevoir d’autres religions, au niveau de sa propre foi.

C’est là une dimension de la mondialisation qui n’est pas d’ordre économique, qui dépasse aussi la dimension simplement culturelle, qui est une dimension d’avenir très importante pour l’ensemble des croyants.

L’évangile au quotidien, par Gérard Warenghem (hors série n°30, 2013)

« Les pauvres m’ont évangélisé » : c’est une précision importante qui mériterait tout un livre s’il n’avait déjà été écrit. Je dois dire à mon tour que les « pauvres m’ont évangélisé ». Je n’ai pas seulement donné, j’ai reçu au centuple : les « pauvres » m’ont fait comprendre l’Évangile, à commencer par cette phrase du Christ : « Je te remercie, Père, d’avoir caché cela aux sages et aux savants, et de l’avoir révélé aux petits… » (Luc 10,21).

« Les petits », « les pauvres » : les chrétiens d’Akébé ne sont pas spécialement riches, sur le plan matériel. Bien sûr la notion de pauvreté est relative : il y a toujours plus riche ou plus pauvre que soi. Mais dans l’ensemble, le revenu des uns ou des autres avoisine souvent le SMIC ! Les « Makaya » sont plus nombreux que les « Mamadou » (traduction pour les non-Gabonais : « les gens ordinaires » sont plus nombreux que les « pontes » !) Notez que « pauvre » ne veut d’ailleurs pas nécessairement dire « saint ». La samaritaine de l’Évangile (Jean 4,1-42) et bien des femmes d’Akébé ont quelques points communs : avoir eu cinq maris ne leur parait pas si étrange… Cela n’a pas empêché la Samaritaine de faire connaître Jésus aux gens de sa ville.

En 1990, pour garder un petit souvenir de ces vingt années passées au Gabon, et pour compléter mes albums photos, j’ai mis par écrit quelques épisodes heureux que j’avais retenus de toutes ces années, épisodes qui agrémentent la vie. Je vous en livre, tels quels, quelques-uns qui illustrent ce que je viens de dire :

Les commerçantes

Notre paroisse des Rois Mages recouvre un vaste quartier : Akébé. On y distingue d’ailleurs Akébé Plaine, Akébé-Ville, Akébé Bellevue, Pont d’Akébé, Akébé Frontière, etc. Ce sont les Etats-Unis d’Akébé  !

Jusqu’ici, nous avons réussi à créer 13 communautés d’adultes. Dans ces communautés, on trouve beaucoup de commerçantes, c’est-à-dire des femmes qui, par exemple, à la période des mandarines, vont dans les villages à 40 ou 60 kilomètres de Libreville, se ravitailler, et le soir, revendent ces fruits au marché ou tout simplement sur le trottoir, au carrefour. D’autres vont acheter des poulets en gros et vous vendent des quarts de poulet rôtis, etc. C’est ce qu’on appelle la cuisine des célibataires.

Une de ces femmes m’a toujours épaté. Un jour, elle expliquait que ses voisines lui en voulaient parce qu’elle refusait d’augmenter ses prix. Mais elle les remettait en place : « Vendez plus cher, volez vos clients… Quand vous serez riches et que vous aurez payé votre D C 8, quand je voudrais voyager dedans, je paierai ma place, et quand vous aurez votre hôtel, j’y paierai ma chambre ! »

La liberté

Cette même femme m’a surpris à une deuxième reprise. Ce mois-là, les communautés avaient choisi de réfléchir sur la liberté. Et c’était encore au temps où je fabriquais seul le questionnaire qui devait soutenir leur réflexion. Depuis quelques années, ce sont les responsables de communautés qui fabriquent les questionnaires, lors de la réunion mensuelle des responsables.

Me voilà donc devant un sujet bien difficile : la liberté ! J’ai passé le bac, j’ai fait de la philo, mais ça fait longtemps… Heureusement, « Pirogue » est une revue bien faite qui traite de façon assez claire, pour tout le monde, un sujet, à chaque numéro. Et il existe un numéro sur la liberté. Quelle chance ! Je vous passe tous les chapitres, mais retenez avec moi la conclusion du numéro : « Quand on aime, on est libre ». Mon questionnaire est vite fait, et les communautés réfléchissent sur le sujet.

Un soir, je passe dans la communauté où se trouve ma commerçante de tout à l’heure. Ils parlent dans leur langue, je n’y comprends pas grand-chose… C’est elle qui a la parole et qui la garde un certain temps. Quand elle a terminé, je demande si on peut me résumer, en français, ce qu’elle vient de dire.

C’est très facile… Elle a dit que… quand on aime, on est libre !

Elle qui ne sait ni lire ni écrire, elle aurait pu écrire ce numéro de Pirogue ! « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents, et de l’avoir révélé aux tous petits. » (Luc 10,21)

Et puis vous voyez, je suis les cours du soir à l’Université populaire !

Les bas-fonds

Il n’est pas question à Libreville, de « bidonvilles », et pourtant certains coins d’Akébé y ressemblent étrangement. On parle de « bas-fonds ».

Quand vous êtes sur la route, les maisons qui la bordent cachent souvent deux choses : d’une part, en bien des endroits, vous ne pouvez pas imaginer qu’il y a derrière ces maisons un terrain très accidenté, et d’autre part, malgré ces escarpements, tout est construit. Je connais au moins quatre endroits où pour descendre chez ceux qui ont construit en bas, il faut être un peu acrobate, et je connais un endroit où les maisons sont tellement rapprochées qu’il faut, quand il pleut, fermer son parapluie pour passer !

Un soir, il faisait déjà nuit (la nuit tombe vite à l’équateur), avec la responsable nationale de la J.E.C. d’alors, nous remontions sur la route, en faisant attention, dans la nuit, où nous mettions les pieds : il faut éviter les cailloux, les flaques d’eau, la boue, tâtonner pour être sûr d’avancer sans tomber, bref, faire un peu de sport ! Mais c’est du sport obligatoire et ceux qui habitent ces endroits n’ont pas forcément envie de faire du sport tous les jours. De même, pour descendre voir quelqu’un, par ces chemins, il faut vraiment en avoir envie… Ce qui explique la réaction de la responsable : « Heureusement que Jésus habite dans les bas-fonds, parce que … » Des réflexions de ce genre, dans de pareilles situations, ça vous aide à comprendre un peu mieux l’Évangile, ça vous donne de quoi méditer… pas besoin de livres !

L’obole de la veuve

Ca ne se passe pas au Temple de Jérusalem, mais des pauvres, on en trouve partout ! Je ne sais pas si elle est veuve. Elle est assez âgée, souvent malade, très discrète. Elle fait plus ou moins partie d’une communauté. Que dire encore? Elle ne parle pratiquement pas le français.

Un soir, au sortir de la réunion de la communauté, alors que nous marchons tous ensemble pour regagner la route, elle me fait comprendre que je dois la suivre. J’hésite un peu, me demandant bien ce que je vais aller faire chez elle, vers 22 heures. J’y vais quand même. Heureusement qu’elle est d’un certain âge, car ceux qui nous voient passer pourraient avoir des arrière-pensées !

On passe entre les maisons et, de dédale en dédale, on arrive chez elle, une petite maison en planches comme des centaines d’autres. Sur un meuble, dans un coin, une toute petite statuette de la Sainte Vierge, à côté de laquelle se trouve un gros coquillage. Avec difficulté, elle arrive tout de même à en extraire quelques pièces de monnaie qu’elle me remet.  

C’est comme dans l’Evangile, non ?

Je pourrais multiplier les exemples. Ils sont nombreux celles et ceux qui m’ont fait comprendre les paroles et les réactions de Jésus par leurs réactions personnelles face à tel ou tel événement, face à telle ou telle situation.

Le monde est petit… ou l’Eglise est vaste… C’est comme on voudra ! Je suis en France depuis 1991 et voilà que je retrouve ici, en 1994, à l’Institut Gustave Roussy, à Villejuif, une jeune fille qui a vingt-quatre ans, cette année la. Elle a fait sa communion aux Rois Mages vers 1980. Villejuif, vous le savez, c’est synonyme de cancer… Evacuée en France, se retrouvant quasiment seule à l’hôpital, elle n’a pas baissé les bras, elle s’est battue, elle est guérie.

Je lui expliquai un jour comment je me sentais un peu en exil, ici en France, loin de mes amis librevillois. Après vingt ans passés dans la communauté des Rois Mages, j’ai comme l’impression que ma vie est brisée. Eh bien, heureuse surprise, c’est elle qui se souvient et qui me rappelle une homélie sur la foi, sur la confiance, une homélie que j’ai dû faire en 1980. C’est elle qui aujourd’hui me fait saisir une phrase du Christ : « Détruisez ce temple, je le rebâtis en trois jours ». Dans sa bouche, cette phrase prend tout son sens. Elle vient de sortir vainqueur d’une maladie souvent mortelle, elle sait que le Christ l’a aidée à vaincre un mal terrible, et elle n’admet pas qu’on puisse baisser les bras devant une situation difficile. Faisons-nous confiance au Christ, oui ou non ? Dans sa réaction violente à mes propos, elle s’est exclamée : « Bousillez ce temple, je le rebâtis en trois jours ». Jésus voulait parler de sa propre vie. Il parlait aussi de sa vie, à elle, et pourquoi pas, de la mienne. Par les paroles sorties de ma bouche, en 1980, elle avait compris ce que voulait dire « avoir confiance dans le Christ ». Par les paroles sorties de sa bouche, en 1994, j’ai compris un tout petit peu mieux le mystère de la résurrection.

Voilà donc en quel sens je peux dire que les pauvres m’ont évangélisé (et continuent de m’évangéliser !).

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